Bêtes Off à la Conciergerie. 17 novembre 2011 – 11 mars 2012

Allez-y absolument. L’exposition conçue par Claude D’Anthenaise, le directeur du Musée de la Chasse et de la nature à Paris, outre sa richesse en formes et en visions artistiques, se prête à une promenade avec les enfants. Elle permet d’abord de plonger dans la vaste Salle des gens d’armes, avec ses très hautes voûtes gothiques puisque la Conciergerie est la plus ancienne demeure royale datant du temps des Capétiens. Voyez à cette occasion les cellules de la prison… celle de Marie Antoinette en particulier, impressionnant.

Vanitas de Ghyslain Bertholon

C’est dans cet espace un peu inquiétant, que la scénographie a transformé en forêt obscure, qu’on suivra un parcours  de détours et d’accès ; en chemin on découvrira d’étranges créatures comme le Porteur de l’esprit de la baleine (Julie Faure-Brac), la Licorne (Maider Fortune), Elle, la femme qui devient arbre qui devient animal (Gloria Friedmann)…

La visite avec son enfant est source de surprises dans la confrontation des sensibilités et des étonnements: alors que je m’enchante de la somptueuse cabane de Markus Hansen (Crisis cabin), qui se trouve quelque part pour moi entre Baba Yaga et le rêve éternel de la cabane des bois, ma fille de quatorze ans s’émerveille devant l’installation aérienne et minutieuse de Claire Morgan (Here is the end of all things). Il est vrai que j’avais déjà vu le travail  de l’artiste à la galerie Karsten Greve, travail séduisant au premier abord mais qui suscite ensuite le doute si l’on considère le procédé répétitif et un peu mortuaire. Je trouve la dépouille de la licorne par Renaud Auguste-Dormeuil profondément dérangeante, tandis qu’elle la trouve géniale.

Les Dupes, Philémon et Arnaud Verley

La salle des trophées, Nikolay Polissky

La richesse des genres et des formes plastiques est exceptionnelle: sculpture, dessins merveilleux (de Agathe David par exemple), vidéos (la Curée de Tania Mouraud atteint un haut degré de romantisme, on n’est pas loin de Delacroix ou de Géricault par le côté épique), installations qui s’imposent par leur puissance. L’arbre (Monument pour les oiseaux de Guam) de Mark Dion suggère une réminiscence d’arbre aux pendus des gravures de Dürer… Nous tombons d’accord sur l’impact de la Salle des trophées de Nikolay Polissky et de Skin de Dimitri Tsykalov. Pour ce dernier, petite erreur d’interprétation: la peau du pauvre ours mort est faite de bois provenant de caisses… de grands crus de Bordeaux? Mais non, pauvres bêtes embourgeoisées que nous sommes! Ce sont des caisses de munitions de différentes armées… russe, chinoise, italienne. L’ours a du être pris entre des feux croisés de snipers, bref ça parle – de – la – Guerre.

On a aussi été d’accord sur le fait qu’emprisonner des mouches pour les besoins de l’installation Le temps des mouches ne s’imposait pas : l’art doit-il modifier la vie des bêtes alors que l’homme s’en charge déjà suffisamment en dehors de la Conciergerie, ancienne prison? On a décidé que non : restons allusifs!

Les oiseaux de Céleste Boursier-Mougenot et Ariane Michel

On finira sur le tragi-comique Pays gras de Nicolas Darrot : une cabine sombre où l’on pénètre, et dans des lucarnes qui s’éclairent tout à tour on s’efforce de comprendre des bribes de phrases prononcées par de vains pantins mécaniques. C’est ainsi que la mort s’agite et dit: »Ben.. j’en sais rien moi… »Paroles, paroles à la Ionesco.

Sortez dans la rue, et écoutez les bribes de paroles jetées au vent: « … moi j’en voudrais des très longues, noires ou bien marrons… » ou encore « … si j’ai pas ma viande rouge… »

Pauvres bêtes, on a pas fini de vous embêter, avant de vous sublimer. A. M. et V. M.

Publicités
Cet article, publié dans Conciergerie, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.